On pourrait, en simplifiant à l’extrême, dire que l’adoption est la procédure qui permet de faire se rencontrer le besoin qu’éprouvent des adultes de transmettre leur nom et leur histoire familiale, et le droit des enfants à grandir dans une structure familiale épanouissante et sécurisante alors qu’ils n’ont pu trouver cela auprès de leurs géniteurs. Si le concept paraît des plus généreux, souvent la confrontation à la réalité de l’adoption s’avère plus douloureuse, tant pour les familles qui s’engagent dans cette voie que pour les enfants qui doivent en bénéficier.
Le parcours commence pour les parents adoptifs par l’obtention de l’agrément qui doit être délivré par le Conseil Général. Cet agrément reconnaît en quelque sorte la compétence parentale des candidats à l’adoption sans pour autant constituer l’assurance de se voir confier un enfant. Ce n’est même qu’une simple étape dans le parcours du combattant qui attend les familles les plus motivées et les plus chanceuses, celles, minoritaires, pour lesquelles la démarche aboutira.
Pour autant, l’adoption ne doit pas être considérée comme un nouveau départ, une page vierge en deçà de laquelle le passé est effacé. Quand elle se produit, c’est précisément le moment où deux histoires, souvent complexes, viennent se confronter. D’un côté, le parcours des parents, qui ont souvent subi les échecs de tentatives de conception naturelle ou médicalement assistée, avant de se résoudre à cette option, et de l’autre la trajectoire de vie courte, mais forcément chahutée et traumatisante de l’enfant.
Pour que la synergie fonctionne, il est impératif que les parents adoptants prennent le temps nécessaire à la maturation du projet, à l’apprivoisement mutuel, ils doivent accepter de se faire accompagner, entourer par des personnes compétentes.
Ces conditions indissociables d’une adoption réussie nous interrogent forcément sur la compatibilité entre l’adoption et la démarche humanitaire qui naît de l’urgence. Que penser de ces adoptions à la chaîne après les catastrophes récentes, quelles sont leurs chances d’aboutir à un modèle familial serein ?
On peut comprendre et compatir à la douleur de ceux à qui la nature ou le destin refusent la joie d’être parents. Pour autant, chaque inégalité de fait doit-elle constituer en négatif un droit qui lui serait opposable ? Même si celui-ci contredit toute mathématique ? Il y a en effet, dans tous les pays occidentaux, davantage de parents en attente d’adoption que d’enfants adoptables. Dans les pays dits « d’adoption », de plus en plus les solutions locales sont privilégiées dans l’intérêt supérieur des enfants. N’a-t-on pas le devoir moral de préconiser et d’aider ces options, quand elles sont possibles, plutôt que d’encourager à un déracinement, toujours traumatique ? On ne peut non plus se voiler la face quant aux trafics écœurants auxquels se livrent des intermédiaires peu scrupuleux, profitant de la détresse affective de certaines familles, prêtes à tous les sacrifices pour satisfaire ce désir de parentalité.
Il est difficile de porter un regard objectif sur l’adoption lorsque l’on compatit à la fois à la détresse des familles en attente et à celle des enfants en situation d’abandon. Pourtant, on sait que la rencontre des deux a de forts risques de n’être pas un succès.
Pour finir sur une note optimiste face à ces questionnements légitimes, nous savons également que mûrement préparée et assumée avec autant d’amour que de patience, l’adoption peut être une aventure formidable, celle du miracle d’une greffe qui donne un arbre à deux couleurs.




